La Convention Citoyenne pour le Climat, à propos de la lutte contre l’artificialisation des sols écrit « prendre immédiatement des mesures coercitives pour stopper les aménagements des zones commerciales périurbaines très consommatrices d’espace » !
De quoi est-il question au juste ?
A la lecture de la circulaire de juillet du Premier ministre Jean Castex intimant aux préfets de mettre tout en œuvre pour faire d’éventuels recours contre les CDAC ou CNAC de projets artificialisant des sols, on voit
combien le sujet est porté au plus haut niveau.
Car, en effet, les règles visant à privilégier les projets sur des friches existent déjà depuis la loi Elan, notamment la possibilité pour les préfets de bloquer l’instruction des dossiers de CDAC pendant trois voire quatre années.
En fait, il est étonnant de parler de commerce à propos de ce problème important de la réduction de l’artificialisation des sols qui est un objectif important pour réduire les impacts de l’urbanisation sur la planète.
Il est très surprenant, en effet, de ne parler que des zones commerciales.

En effet, alors que les activités de commerce impactent pour moins de 5 % l’artificialisation, l’habitat en génère plus de 50 %.

On parle de moratoire, mais le terme est impropre car, dans la démarche il ne s’agit pas de mécanismes ponctuels, ciblés et limités dans le temps mais bien d’inscrire une nouvelle règle dans le projet de loi qui doit être débattu début 2021.

Le commerce est en crise, chacun le sait. Il doit s’adapter à un  environnement profondément modifié du fait de la concurrence de  nouveaux acteurs, de plateformes internationales… Il doit construire un
nouveau modèle omnicanal… et construire une trajectoire vers un commerce et une consommation plus responsables…

Tout le monde le comprend bien. Et, il ressort clairement, par exemple, du plan Relance que l’industrie doit se transformer, qu’elle doit être accompagnée, que les règles doivent être assouplies pour tenter d’aller plus vite dans ces adaptations sectorielles indispensables et urgentes.
Chacun comprend également l’urgence des enjeux écologiques. Alors, et le commerce ? !

Le commerce semble bénéficier d’un traitement de faveur. La solution serait de bloquer certaines de ses transformations, de rigidifier les règles !

Sur le thème de l’artificialisation, les zones commerciales sont des victimes expiatoires car un tel mécanisme de blocage des zones aurait un impact
marginal sur son bilan comme le soulignent les éléments d’impact présentés suite à l’analyse des propositions de la Convention Citoyenne pour la Climat.

De ce point de vue, il n’y a donc de sujets spécifiques concernant les zones commerciales, donc aucune raison objective d’imaginer un traitement particulier à leur encontre.

Bien entendu, il n’est pas question de poursuivre ce qui a été fait depuis des années en matière de commerce de périphérie. Personne ne le souhaite, ni
les commerçants promoteurs ou propriétaires immobiliers ni les territoires.

En matière de commerce comme d’habitat, d’industrie, de logistique, il faut reconstruire au maximum sur l’existant, densifier, être plus vertueux sur le plan environnemental.

Il est nécessaire de fixer des objectifs ambitieux, privilégier le travail sur les friches à condition que l’emplacement de celles-ci s’inscrive dans un  schéma de positionnement géographique cohérent à la fois avec la vision du commerce à quinze ans dans le territoire mais également avec les conditions de fonctionnement de l’activité commerciale. Car le commerce ne s’implante pas partout. Il faut aussi inciter les acteurs à densifier, mieux partager l’espace, réfléchir à la mixité de fonctions dès lors que cela a un
sens localement… Tout ceci s’impose.

Mais bloquer le commerce ne résoudra en rien le problème de  l’artificialisation galopante, alors ne mettons pas en place une mesure qui pourrait le laisser penser.

Il semble que nous soyons face au retour de vieux débats basés sur une croyance stérile selon laquelle bloquer la périphérie sauverait le commerce de centre-ville. Nous pensions ce raisonnement dépassé, que chacun avait compris que l’environnement du commerce a profondément changé et que celui-ci est confronté à des formes de concurrence très différentes, délocalisables, à travers les plateformes internet, les grands acteurs du numérique.

Pour la vente de produits et de services associés, un nouveau modèle omnicanal s’impose, combinant magasin et internet pour la grande majorité des acteurs.

Voir l’article dans son intégralité.

Article de Emmanuel LE ROCH, Délégué Général de Procos, paru en Octobre 2020 dans LA NEWSLETTER DE LA FÉDÉRATION POUR LA PROMOTION DU COMMERCE SPÉCIALISÉ.