Source : francetvinfo.fr 

Jacques Ermann, président du Conseil national des centres commerciaux, s’élève dimanche sur franceinfo contre « la concurrence déloyale que mène le e-commerce aux commerces physiques » en période de confinement.

« Il faut absolument interdire le Black Friday« , a déclaré sur franceinfo dimanche 8 novembre Jacques Ermann, président du Conseil national des centres commerciaux. Pour lui cette période de promotions est « une véritable provocation en 2020 avec le confinement, puisque les commerçants physiques ne peuvent pas réagir » face aux grandes plateformes de vente en ligne. Il s’élève contre « la concurrence déloyale que mène le e-commerce aux commerces physiques« .

franceinfo : Pensez-vous que le gouvernement a le pouvoir d’interdire le Black Friday pour les plateformes de vente en ligne, qui bien souvent sont basées à l’étranger ?

Jacques Ermann : C’est bien le problème que nous dénonçons depuis deux ans, c’est à dire la concurrence déloyale que mène le e-commerce au commerce physique qui ne paye pas d’impôt ou peu d’impôts, qui détruit les emplois, qui pollue l’environnement avec ses camionnettes diesel et ses emballages multiples. Tout cela parce qu’ils sont supposés différents. Mais nous, nous disons qu’ils font le même métier que nous. Ils vendent des biens et des services à des consommateurs et donc on doit leur appliquer les mêmes règles qu’à nous en tout point, à commencer par la fiscalité, à commencer par la fermeture de l’activité dite non essentielle. Le gouvernement a montré qu’il savait fermer les rayons des librairies des hypermarchés. Je ne vois pas pourquoi il ne serait pas en situation d’agir sur Amazon et consorts pour le Black Friday.

Pourtant, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a annoncé qu’Amazon va supprimer sa pré-campagne du Black Friday. Est-ce que ce n’est pas suffisant ?

C’est faux. En fait, ils ont juste supprimé le mot « Black Friday », mais ils ont maintenu des campagnes qui disent aux clients « Dépêchez-vous d’aller faire vos courses, il y a des bonnes promos en novembre« . C’est le service minimum. On enlève le mot, mais on continue le fond. La ministre Agnès Pannier-Runacher et Gabriel Attal se sont fait embobiner.

Voyez-vous déjà des signes dans votre chiffre d’affaires qui montrent que les plateformes profitent de vos empêchements actuels ?

Bien sûr, c’est massif. De toute façon, les commerces physiques non essentiels sont fermés. Les Français ont besoin d’un certain nombre d’articles. Et l’effet dramatique se ressent sur le secteur des jouets. Si vous fermez un marchand de jouets juste avant Noël, c’est comme lui couper les veines. Donc le transfert va être massif et c’est bien ce que nous dénonçons. Le Black Friday, c’est déjà, en temps normal, débile. Parce que faire des promotions, c’est fait pour inciter les clients à acheter quand ils n’en n’ont pas très envie. Et faire des soldes, c’est fait pour écouler les stocks invendus. Là, avec le Black Friday, on fait un racolage. Racolage absolument massif, des promos géantes en pleine haute saison quand les clients sont là, sont motivés pour les fêtes. Si vous voulez, ça ne va pas d’une manière générale et là ça va encore moins. C’est inadmissible, et c’est une véritable provocation en 2020 avec le confinement, puisque les commerçants physiques ne peuvent pas réagir.

Que souhaitez-vous de la part du gouvernement, vous attendez une réouverture ?

Nous disons que le 12 novembre, il ne peut pas rien se passer. Donc il faut que le gouvernement entende la colère des commerçants. Par exemple, il faut absolument rouvrir les librairies. Il faut absolument rouvrir les marchands de jouets. On ne peut pas faire moins que ça. Il faut absolument interdire le Black Friday. Il faudrait idéalement rouvrir tous les commerces non essentiels. Si ce n’est pas possible le 12 novembre, il faudra le faire le 1er décembre. Vous savez, tout le monde reconnaît aujourd’hui, qu’il n’y a pas de contamination dans les magasins. Les commerces non essentiels ont été fermés pour empêcher les Français de sortir de chez eux. On a décidé de laisser les écoles ouvertes et les services publics ouverts, et on a sacrifié le commerce. On peut limiter la fréquentation au mètre carré. On peut mettre en place, je pense aux librairies notamment, des gants chirurgicaux jetables. En fait, il faut trouver des idées intelligentes pour rouvrir et pas des trucs compliqués pour fermer. C’est fondamental.