LA LOI ELAN
« BOULEVARD DU CRÉPUSCULE »

LES PROTAGONISTES

Tout bon polar obéit à un référentiel indispensable autour de figures incontournables : une victime, un coupable, un justicier et un enquêteur. A la manichéenne distribution des rôles (la victime, le centre-ville, le justicier, les médias, l’enquêteur dévolu aux pouvoirs publics et enfin le coupable (idéal) le commerce de périphérie incarné notamment par le centre commercial), s’ajoute l’imparable scène de crime, la désertification, et le procès avec la loi ELAN.
Enfin, dernier ingrédient : la critique sous-jacente de la société, et de ses modèles traditionnels, sans laquelle le simple « whodunit » perdrait de sa substance. Dès 2015, la victime avait été identifiée par le rapport Pinville relatif à la désertification des centres villes, il convenait désormais après ce travail d’enquête d’élaborer le procès des coupables désignés. La loi ELAN pouvait ainsi endosser tous ces standards auxquels s’est ajouté un contexte politique particulièrement  sensible, objet de crispations. C’est effectivement sur fond de réforme constitutionnelle avortée, que le débat s’est retrouvé pris en tenaille entre politique politicienne et volonté de répondre législativement à un problème de société.
Sans nier le constat d’une dévitalisation des centres-villes des villes moyennes voire des plus grandes villes, rejeter sur les espaces commerciaux de périphérie la responsabilité du péché originel relevait d’un raccourci propice à l’inflation de contraintes législatives. Plan de circulation, problème de stationnement, paupérisation des centres-villes, exode démographique, disparition des services publics et de l’emploi, autant de causes dont les acteurs des centres commerciaux ne peuvent être tenus pour seuls responsables. Néanmoins, il convenait de donner des gages et de trouver des solutions rapides, articulées autour d’un plan gouvernemental largement remanié par les sénateurs Pointereau-Bourquin, auteurs d’une mission sur le sujet.

L’ÉTAU SE RESSERRE

Dès la fin 2017, deux réflexions se sont engagées concomitamment : le rapport Marcon, inspirateur des dispositions de la loi ELAN relatifs aux centres-villes et la mission Pointereau-Bourquin conduite par ces deux sénateurs. Deux réflexions, deux philosophies, un compromis.