QUESTIONS À GONTRAN THÜRING
Délégué général du Conseil national des centres commerciaux

« Il faut arrêter d’opposer commerce digital et commerce physique »

MALGRÉ LE CONTEXTE SANITAIRE TOUJOURS DIFFICILE ÊTES-VOUS OPTIMISTE POUR 2022 ?
Comme le disait le philosophe Alain, le pessimisme est d’humeur et l’optimisme de volonté ! On va donc être volontaire ! Même si tout dépend de la situation sanitaire. Si les choses se calment, on le sait : la psychologie a beaucoup d’importance dans la consommation. Si les Français se sentent rassurés sur le plan sanitaire, je pense qu’ils seront amenés à consommer. Par ailleurs, la Banque de France estime à plus de 870 milliards l’épargne supplémentaire accumulée pendant cette crise. C’est lié notamment aux confinements, aux restrictions de circulation et à un manque d’envie de consommer. On peut espérer que cette épargne va se transformer en consommation.

2021 AVAIT DÉJÀ MONTRÉ DES SIGNAUX POSITIFS POUR LE SECTEUR…
À chaque fin de confinement, il y a eu un retour significatif des clients dans les centres commerciaux. Et effectivement les chiffres sont bons, surtout si l’on considère que le nombre de jours de fermeture étaient supérieur en 2021 par rapport à 2020, qu’on a eu un couvre-feu en 2021 et aussi le contrôle des pass sanitaires. Malgré ces facteurs aggravants, les indicateurs de 2021 étaient satisfaisants.

QUELLES SERONT POUR VOUS LES GRANDES TENDANCES DE 2022 ?
Je les résume en trois verbes : écologiser, car on est résolument dans une transition énergétique et écologique à laquelle les centres commerciaux n’échappent pas ; le deuxième mot-clé c’est vitaliser et je pense que le projet d’Evry, le Spot, en est la parfaite illustration. On est dans un marché de restructuration et rénovation de site existants. Il n’y aura plus beaucoup de créations nouvelles, l’étalement urbain c’est terminé.

On n’est plus dans la densification ou la verticalisation des projets mais dans la revitalisation. Le troisième mot c’est omnicanaliser et, là aussi, la SCC est pionnière. Il faut arrêter d’opposer commerce digital et commerce physique : les consommateurs comme les distributeurs sont tous devenus « omnicanal » et les centres commerciaux ont des atouts à défendre notamment à travers le click & collect. On le sait le problème de l’e-commerce c’est le coût du dernier kilomètre (financier et écologique) et comme 80% des Français ont un centre commercial à moins de 20 minutes de chez eux le click & collect permet aux commerçants de faire des ventes additionnelles.

L’ÉCOLOGIE SERA AUSSI UNE VALEUR FORTE DE CES PROCHAINES ANNÉES POUR LES CENTRES COMMERCIAUX ?
Elle l’est déjà. On a réalisé avec EY une étude sur l’impact écologique du commerce physique par rapport au commerce digital. Et contrairement aux idées reçues, dans de nombreux domaines – empreinte carbone, valorisation des déchets, etc. – le bilan est globalement plus favorable au commerce physique. Une étude précédente prétendait le contraire, mais elle était européenne et surtout biaisée car commanditée par Amazon. Et puis il y a cette nouvelle loi climat et résilience, dont les décrets sortent les uns après les autres, et notre filière devra respecter cette loi et jouer son rôle dans la transition.

LES CENTRES DOIVENT-ILS AUSSI JOUER UN RÔLE PLUS SOCIÉTAL ?
Tout à fait, plusieurs foncières sont d’ailleurs devenues des « entreprises à mission » et engagent leur responsabilité non seulement économique mais aussi sociétale, sociale et environnementale. Le plus bel exemple de cette tendance, qui n’a pas été assez souvent cité : lors de cette crise sanitaire deux millions de personnes ont été vaccinées dans les centres commerciaux.

Interview à retrouver dans la Newsletter-08 de la SCC.