Centres commerciaux : « Get woke, go broke ! »

Depuis quelques temps, les centres commerciaux ont tendance à être stigmatisés par les élites de notre pays. Selon la doxa de rigueur, tout au moins dans certains cercles influents parisiens, ils auraient de nombreux défauts : ringardisation du modèle, artificialisation inutile et excessive des sols, (sur)consommation superflue, prédation des « petits commerces ». Bref, un concept né dans l’ancien monde que l’éveil de la conscience collective et l’apparition soudaine d’un nouveau virus condamneraient à la disparition, entraîné inexorablement dans un mouvement schumpétérien.

Qu’en est-il exactement ?

Dans les territoires, comme on dit aujourd’hui pour ne plus connoter négativement nos belles provinces de France, nos concitoyens demeurent très attachés à leurs centres commerciaux qui continuent à assumer une double-fonction économique (offrir une quantité et une diversité de produits indispensables mais également abordables) et sociale (fournir un lieu de rencontres intersectionnelles dont notre société, en voie « d’archipellisation », a tant besoin).

Le projet de loi qui fait suite à la CCC (Convention Citoyenne pour le Climat), pseudo cénacle démocratique, prévoit d’en interdire quasiment de nouveaux développements. En revanche, aucun moratoire pour les entrepôts des « pure-players » de l’e-commerce dont la seule vertu est de s’inscrire dans le projet fantasmé de la « start-up nation », celle de consommateurs qui ne seront plus connectés au monde réel qu’à travers leurs écrans digitaux.

Depuis son apparition, le centre commercial a toujours accueilli des entrepreneurs du commerce : indépendants devenus succursalistes, franchisés et aujourd’hui DNVB (Digital Native Vertical Brands). Il est faux et indigne de le caricaturer en l’assimilant à un rassemblement d’enseignes internationales cotées.

Alors, tout irait pour le mieux dans le meilleur des nouveaux mondes ?

Bien sûr que non et le modèle du centre commercial ne survivra qu’en évoluant pour répondre à de nouveaux défis en s’attachant à développer :

  • son urbanité (il doit pratiquer une meilleure intégration dans son tissu urbain)
  • sa durabilité (il ne peut déroger à sa responsabilité sociale et environnementale)
  • sa multifonctionnalité (il lui faut répondre à la problématique de la « ville du quart d’heure »)
  • son omnicananalité (il n’a d’autre choix que de s’adapter à un distributeur et à un consommateur devenus irrémédiablement des adeptes du « click and mortar »).

En condamnant intellectuellement les centres commerciaux, la « woke culture » risque de les condamner physiquement et mettre ainsi en danger un éco-système de propriétaires, gestionnaires, locataires et prestataires qui génère plus de 30 milliards de recettes fiscales par an et assure 600 000 emplois, par nature non délocalisables.

Oui, les centres commerciaux sont « populaires » et n’ayons pas peur du mot « « populistes » au sens noble de la « concept decency », terme emprunté à George Orwell, soit celui d’une morale commune selon laquelle le peuple affirme ses propres valeurs et sa résistance à l’oligarchie.

 

Article de Gontran THÜRING paru le 06/01/2021 dans Business Immo.

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