Un article du projet de loi Climat, adopté jeudi à l’Assemblée nationale, vise à stopper les implantations des très grandes surfaces, souvent bâties en périphérie des villes. Pour celles qui existent, l’heure est à la réinvention.

La fin d’un monde. Les députés ont adopté jeudi soir en première lecture l’article 52 du projet de loi Climat et résilience, qui vise à interdire la construction de grands centres commerciaux en périphérie des villes, au nom de la lutte contre l’« artificialisation » des sols. L’idée est de protéger l’environnement… mais aussi les commerces des centre-villes. « Nous mettons un coup d’arrêt aux centres commerciaux de plus de 10 000 mètres carrés, et nous limitons, par le biais de dérogations, les implantations plus petites », décrypte le rapporteur LREM du projet de loi, le député des Landes Lionel Causse. Parmi les dérogations, la possibilité de lancer un projet répondant aux besoins du territoire dans un quartier prioritaire de la ville par exemple.

« Dans les faits, depuis environ un an, avec la circulaire Castex, plus aucun projet XXL n’a été adopté », souligne Gontran Thüring, le délégué général du Conseil national des Centres Commerciaux (CNCC), qui pointe aussi, ces dernières années, les échecs du projet pharaonique d’Europacity au nord de Paris, ou encore de celui de Val Tolosa (près de Toulouse). Faute de pouvoir faire disparaître cet article 52, le CNCC s’est plutôt mobilisé pour assouplir les règles permettant de revisiter les centres commerciaux existants. Car c’est bien là qu’est l’enjeu du moment : vieux en moyenne de trente ans, souvent construits au milieu des champs, et rattrapés par la ville depuis, ces « boîtes à chaussures », comme on les surnomme, doivent se réinventer.

Vers la «ville du quart d’heure»

Non que les consommateurs les boudent : « ils ont toujours du succès, et après chaque confinement, on voit bien que les gens y retournent avec plaisir, souligne Régis Migdal, le président du directoire du groupe SCC, qui exploite une quarantaine de centres, mais il n’y a en revanche guère de perspectives d’évolution positive ». Alors, entamée dans les années 2005, la mue s’accélère, avec comme objectif d’ancrer les centres commerciaux de demain dans la ville, en mixant commerces, logements, cinémas, etc.

C’est ainsi que le centre d’Evry 2 (Essonne), géré par la SCC, s’est récemment enrichi d’un centre médical et dentaire, et offre une extension de l’exposition Microfolies de la Villette. C’est ainsi aussi, sous l’égide d’Altaréa, que le centre Bobigny 2, monstre de béton monolithique inauguré en 1974, sera remplacé d’ici 2023 par un centre-ville comprenant des bureaux, des logements, une crèche, un cinéma, un hypermarché et des commerces. « Mais ce ne sera plus une boîte fermée, ce sera une vraie rue commerçante », insiste Gaëtan Wargny, le directeur du développement chez Altaréa-Cogedim Développement urbain. « A Bobigny, Issy-les-Moulineaux, Massy ou Bezon, partout, nous promouvons la ville du quart d’heure, afin que tout puisse être à 15 minutes de chez soi ».

Article de Odile Plichon paru le 19/04/2021 dans Le Parisien.

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Crédit photo : LP/Sarah Andersen