Les centres commerciaux sont parmi les plus pénalisés par les mesures sanitaires anti-Covid, déplore Gontran Thüring, Délégué Général du CNCC, sans compter que leur rôle dans l’artificialisation des sols est clairement exagéré. « Arrêtons donc de stigmatiser et d’instrumentaliser une filière qui génère 5 % du PIB », écrit-il dans une tribune aux « Echos ».

Après que le gouvernement a fermé tous les centres commerciaux de plus de 20.000 m² fin janvier, cette mesure a été étendue début mars pour une durée indéterminée à ceux de plus de 10.000 m² dans les 23 départements dits « sous surveillance renforcée ». Ces décisions de fermeture administrative sont économiquement catastrophiques, sanitairement infondées et socialement problématiques.

Certes, il faut accorder au gouvernement le crédit de mesures de soutien (PGE, activité partielle, report de taxes, …). On notera également que Bruno Le Maire s’est engagé à ce que les commerçants impactés par ces nouvelles fermetures fassent l’objet d’une « indemnisation simple, rapide et totale » des loyers et charges en résultant. Pour autant, après plus de trois mois de fermeture en 2020 et le décalage regrettable des soldes d’hiver, la situation des locataires des centres commerciaux devient alarmante. La litanie des plans de sauvegarde et des liquidations judiciaires ne cesse de s’allonger.

Aucun « cluster » identifié

A ce jour, aucune preuve scientifique n’a prouvé qu’un centre commercial était devenu un « cluster ». Au contraire, plusieurs études de l’Institut Pasteur démontrent que les commerces ne constituent pas des lieux propices à la propagation du virus. Les protocoles mis en place depuis le début de la crise ont été strictement respectés et ont fait l’objet de nombreux contrôles. La filière a même récemment proposé au gouvernement de renforcer la jauge en passant d’une densité d’un client pour 8 m² à 16 m² alors que contrairement à la période des fêtes ou des soldes, celle en cours n’enregistre traditionnellement pas une fréquentation anormalement élevée.

Les galeries marchandes, a fortiori celles de petites tailles constituaient, avec les lieux de culte, les seuls espaces encore accessibles au public. Outre leur rôle d’approvisionnement en produits de consommation, elles contribuent à entretenir ce lien social dans les territoires dont nos concitoyens ont particulièrement besoin en ce moment. Un clic digital derrière un écran ne remplacera jamais un sourire, même derrière un masque.

Artificialisation des sols

Hasard malheureux du calendrier, c’est en cet instant critique pour les centres commerciaux que le gouvernement soumet au parlement sa loi « climat et résilience » prévoyant une interdiction des créations ou des extensions de surfaces commerciales sur des zones dites « non artificialisées ».

Il convient tout d’abord de rappeler que, de source du ministère de l’Agriculture, les commerces n’ont depuis dix ans contribué qu’à hauteur de 4 % de l’artificialisation des sols. La moyenne d’âge des centres commerciaux en France est de 30 ans. A l’heure de l’omnicanalité, leur fonction commerciale s’enrichit d’une fonction logistique. Pourquoi, dans ces conditions, geler leur capacité à se rénover et s’agrandir alors que les entrepôts logistiques des « pure players » qui sont tout autant des surfaces de vente ne rentrent pas dans le champ d’application de la loi ? Le plus puissant d’entre eux artificialise pourtant chaque année des dizaines de milliers de mètres carrés de terres agricoles.

Arrêtons donc de stigmatiser et d’instrumentaliser une filière qui génère 5 % du PIB et assure plus de 550.000 emplois. Contrairement à ce que pensent certains, elle n’appartient pas au « monde d’avant » et ne demande qu’à participer à la relance indispensable de notre économie, en investissant pour se moderniser et s’adapter ainsi à l’évolution des comportements de consommation.

Article de Gontran Thüring paru le 24 mars 2021 dans Les Echos.

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