Tous les Français ne se sont pas rués dans les boutiques le 11 mai. Cependant, les achats de rattrapage ont été nombreux et la consommation semble reprendre ses droits.

C’était la grande question des commerçants le 11 mai : la consommation va-t-elle repartir mollement ou franchement ? Certains experts évoquaient un « revenge shopping » de Français frustrés par près de deux mois de confinement. Il est trop tôt pour parler d’un phénomène de ce type, mais les premiers chiffres de vente sont meilleurs qu’anticipé.

Sans compter que « les principales fédérations professionnelles minorent l’état du redémarrage pour conserver le chômage partiel et obtenir du gouvernement des plans de relance », prévient un professionnel souhaitant l’anonymat.

Au rendez-vous

La Halle se dirige vers le redressement judiciaire et attend une reprise qui pourrait être assortie du licenciement de plus de 2.000 salariés. Pour autant, Patrick Puy, le président de Vivarte, sa maison mère, a reconnu que les ventes des deux dernières semaines étaient supérieures de 30 % à celles de la même période de 2019. Les opticiens avancent une hausse de 100 %. Les enseignes de bricolage évoquent une ruée des clients et de très bonnes journées en cette période de fin de printemps ensoleillée qui marque par tradition un pic de l’activité. « La clientèle est au rendez-vous », reconnaît la porte-parole de Castorama et Brico Dépôt.

Les distributeurs cotés en Bourse ne donnent pas de précisions. Chez Fnac Darty, les dirigeants notent tout de même « un bon retour en magasin » avec 800.000 clients actifs du 11 au 18 mai. Les produits techniques (informatique, bureautique) surfent toujours sur la vague du télétravail. Les articles de mobilité urbaine (trottinettes, vélos électriques, etc.) sont aussi à la mode et le vent des climatiseurs souffle chez Darty. GfK note une hausse de 33 % des ventes d’électronique grand public en magasin la semaine 20 (11-17 mai), contre une baisse de 23 % depuis janvier. La bureautique culmine à +80 %.

Avantage aux zones vertes

Les grandes enseignes d’habillement constatent le succès de leurs rayons enfants, ainsi que de la mode femme. « L’activité est au global identique à celle de l’année dernière », relève le directeur général de l’Alliance du commerce, Yohann Petiot. Une satisfaction, mais pas encore un rattrapage. Et les situations diffèrent selon les enseignes et les régions. Une petite chaîne peut être à -70 % quand une grande superforme.

Autour du boulevard Haussmann, quartier très animé de Paris, la fermeture des grands magasins (le Printemps vient juste de rouvrir) pénalise les boutiques voisines. Les centres-villes et les centres commerciaux fermés souffrent plus que les « retail parks », ces alignements de « boîtes » à ciel ouvert. Les endroits clos effraient encore les Français, même si un sondage indique que 90 % des clients de la Fnac et de Darty se disent rassurés par les mesures de sécurité sanitaire. La jeune pousse Mytraffic mesure cependant que le retour dans les points de vente a été moins fort dans l’Est et en Ile-de-France que dans les zones vertes.

Achats de rattrapage

Dans les « malls » , dont ceux de plus de 40.000 mètres étaient encore fermés jeudi, la fréquentation est encore de 30 % environ inférieure à la moyenne. « Mais c’est mieux que la baisse de 60 % que nous craignions compte tenu des exemples allemand et chinois de réouverture », déclare le président du Conseil national des centres commerciaux, Jacques Ehrmann. Et les complexes souffraient encore ces derniers jours de la fermeture des restaurants qui attirent de nombreux visiteurs.

Les premiers jours ont été ceux du rattrapage. Les consommateurs ont acheté le pantalon du petit devenu grand et le parasol qui ombragera leur terrasse. « Il est encore trop tôt pour parler d’un retour aux achats plaisirs », estime Yohann Petiot. Les courbes n’ont pas pour autant replongé la deuxième semaine du confinement. Chez Fnac Darty on se félicite également que les ventes en lignes qui ont doublé pendant le confinement restent soutenues.

Mytraffic compte les flux de piétons dans 630 zones commerçantes. Son baromètre du déconfinement montre que, par rapport à la période qui a précédé le confinement, 46 % des Français n’arpentent pas encore le trottoir. Les prochaines semaines montreront si l’autre moitié de la population a retrouvé le chemin des boutiques.

 

Article de Philippe Bertrand, paru dans Les Echos, le 28 mai 2020.

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