Les Echos, le 06/11/2020 

Jacques Ehrmann, le président du Conseil national des centres commerciaux et DG d’Altarea , réagit avec vigueur aux propos du ministre de l’Economie Bruno Le Maire sur les grandes foncières commerciales qui n’auraient « pas joué le jeu des réductions de loyers ». Il se dit « choqué » par cette sortie et aussi « perplexe ».

Bruno Le Maire a épinglé les grandes foncières commerciales, les accusant de ne pas « jouer le jeu des réductions de loyers » pour les commerces mis en difficulté par la pandémie de Covid-19 ? Qu’avez-vous à répondre ?

Nous sommes choqués par cette sortie soudaine du ministre de l’Economie. Choqués, et aussi perplexes. De quoi parle-t-il au juste ? S’il parle des loyers du premier confinement, il commet une erreur. Nous avons fourni un effort financier considérable, et lâché des centaines de millions d’euros en abandons et reports de loyers pour éteindre l’incendie. Des milliers de négociations ont abouti à une signature ou sont proches de l’être. Tout cela sans débourser 1 euro d’argent public. Nous sommes fiers de notre bilan. Il peut, bien sûr, exister quelques mauvais élèves. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas les pointer eux, plutôt que toute la profession ? Et pourquoi Bruno Le Maire n’a-t-il pas alors contacté le Conseil national des centres commerciaux et cité des cas précis, afin que nous tentions de régler le problème ?

Et si le ministre de l’Economie faisait plutôt référence au second confinement ?

L’annonce de la création d’un crédit d’impôt de 30 % du montant du loyer abandonné pour les bailleurs en échange du renoncement à au moins un mois de loyer sur la période d’octobre à décembre n’a été faite que le 30 octobre. Quelques foncières travaillent sur ce dispositif, mais elles n’ont pas encore eu le temps de s’en emparer.

D’autant que nous attendons encore d’en connaître tous les détails. Sur quel impôt le crédit vat-il pouvoir s’appliquer ? Uniquement l’impôt sur les sociétés ? La taxe foncière ? La TVA ? Si ce crédit dépasse le montant de l’impôt dû, le solde sera-t-il reporté ? Transformé en cash ? Si oui, à quel moment aura lieu le versement ? Pour l’instant, nous sommes dans le flou.

En outre, ce dispositif ne bénéficiera qu’aux entreprises de moins de 250 salariés…

Oui, et pour nous, cela est trop réducteur. Nous souhaitons un dispositif qui permette de traiter les problèmes de tous nos locataires, petits ou grands. En outre, nous souhaitons que cet avantage bénéficie aux locataires qui sont à jour de leur troisième trimestre de loyer, pas à ceux qui ne l’ont pas réglé, alors qu’en juillet, août et septembre, l’activité avait pu reprendre. Nous travaillons donc sur un autre dispositif, plus simple et plus équitable, avec Procos [la Fédération pour l’urbanisme et le développement du commerce spécialisé, NDLR] et l’Alliance du commerce, que nous souhaiterions présenter au gouvernement. Si Bruno Le Maire veut nous recevoir, nous irons le voir. Pas pour nous faire remonter les bretelles, mais pour lui faire nos propositions.

Quelles sont, pour les enseignes, les conséquences de ce nouveau confinement ?

La fermeture des commerces dits « non essentiels » juste avant les courses de Noël est dramatique. En attendant, on s’en prend aux hypermarchés, aux foncières – qui ont aussi leurs difficultés -, mais pas à Amazon. Son Black Friday, programmé fin novembre, est pourtant une provocation pour les libraires, les marchands de jouets et bien d’autres. ?

Jacques Ehrmann, Président du Conseil national des centres commerciaux.

« On s’en prend aux hypermarchés, aux foncières, mais pas à Amazon. Son Black Friday, programmé fin novembre, est pourtant une provocation pour les libraires, les marchands de jouets et bien d’autres. » Jacques Ehrmann

Interview réalisée par Elsa Dicharry