Boudés par le plan de relance, freinés par la loi climat, menacés par les pure players numériques, les centres commerciaux doivent plus que jamais se réinventer. Mais ils risquent de manquer de moyens…

Jeudi dernier, le premier ministre Jean Castex a indiqué que les commerces jugés non essentiels pourraient rouvrir à partir de la mi-mai, « sur une base territorialisée ». Les fédérations de centres commerciaux et chaînes de magasins espéraient pourtant rouvrir avant le 10 mai.

Coiffeurs, industriels, écoles, restaurants… Et les centres commerciaux dans tout ça ? Ils sont fermés depuis février, c’est-à-dire déjà plus longtemps qu’au premier confinement. Sept mois en tout sur un an glissant. Jeudi, le premier ministre Jean Castex a douché leurs espoirs de réouverture avant le 10 mai. Douze fédérations et 150 dirigeants de chaînes de magasins avaient lancé un appel dans le Parisien afin d’ouvrir à temps pour le week-end de l’Ascension, les premiers achats de fête des mères, de garde-robe d’été… Peine perdue. Cent cinquante mille magasins, dont 30 000 en centres commerciaux, garderont rideau baissé au moins jusqu’au 15 mai, a refroidi le Gersois.

« A tort, nous sommes les mal aimés de la République, nous sommes systématiquement stigmatisés, se désole Gontran Thüring, délégué général du conseil national des centres commerciaux (CNCC). La propagation du virus dans les commerces n’a jamais été prouvée scientifiquement. » En plus, avec leurs caméras, leurs compteurs automatiques de clients, leurs vigiles, les grands centres ne sont-ils pas mieux équipés que les petits magasins de proximité pour faire respecter les précautions sanitaires ?

Chaque centre a une centaine de locataires avec qui il négocie un par un labyrinthe administratif. Fin janvier, lorsqu’il avait fermé les centres non alimentaires de plus de 20 000 m2, Bruno Le Maire avait promis une indemnisation « totale et rapide » des loyers. Mais le gouvernement négocie encore avec Bruxelles et la décision risque de ne pas tomber avant l’été. Entretemps, les centres peuvent s’asseoir sur deux trimestres de loyers en suspens, potentiellement perdus – et tenter de rassurer leur banquier. L’année dernière, la facturation était déjà un labyrinthe administratif. Chaque centre a une centaine de locataires avec qui il négocie un par un. Les traites sont souvent trimestrielles et il faut forcer le système informatique pour les mensualiser. « Fin 2020, certaines foncières avaient du mal à dire en temps réel combien un locataire donné leur devait », se rappelle Nicolas Paillot de Montabert, associé au cabinet Accuracy.

Et puis, les centres commerciaux ne digèrent pas qu’on pense à eux dès qu’on parle d’artificialisation des sols, alors que le commerce a représenté 4,7 % de l’artificialisation entre 2006 et 2014 contre 42 % pour l’habitat et 28 % pour le transport, selon le ministère de l’Agriculture.

L’article 24 de la loi climat fait passer de 1 000 à 500 m2 le seuil à partir duquel les toitures doivent être végétalisées ou recouvertes de panneaux photovoltaïques

L’article 52 de la loi climat qui arrivera au Sénat le 10 mai interdit les créations ou extensions de surfaces commerciales sur des sols non artificialisés et prévoit des dérogations au cas par cas pour les projets inférieurs à 10 000 m2. L’article 24 fait passer de 1 000 à 500 m2 le seuil à partir duquel les toitures doivent être végétalisées ou recouvertes de panneaux photovoltaïques en cas de création ou rénovation d’un bâtiment. 80 % des projets des centres commerciaux pour les cinq prochaines années sont des restructurations ou extensions, selon le CNCC.

Investissement. « Les acteurs risquent de renoncer à leurs projets », redoute Emmanuel Le Roch, délégué général de la Procos (fédération du commerce spécialisé). De même, « si une collectivité veut réhabiliter une zone commerciale et la transformer en logements, hier elle pouvait construire un retail park de 50 000 m2, y déplacer les commerces, et à leur place faire des logements. Ce ne sera plus possible. »

L’investissement est pourtant vital. Avec la pandémie, les habitudes de consommation ont changé. L’e-commerce est passé de 9,8 % du commerce de détail à 13,4 % en 2020, selon la Fevad. « Les centres commerciaux n’ont jamais été aussi fragilisés, il n’a jamais fallu aller aussi vite pour transformer leur modèle, adapter leur immobilier, combiner magasins et logistique, or les nouvelles réglementations vont complexifier, rigidifier, empêcher, et renchérir le coût des opérations », poursuit Emmanuel Le Roch. Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du Commerce, aimerait que « le plan de relance soit réorienté vers le commerce, un des premiers employeurs nationaux, qui anime tous les territoires et fait de la promotion sociale ».

Article de paru le 25/04/2021 dans l’Opinion.

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