Jean Castex, le premier ministre, a demandé aux préfets d’utiliser toutes les possibilités de recours afin d’interdire les projets de centres commerciaux et un projet de loi pourrait être présenté en ce sens. Le débat n’est pas nouveau. Régulièrement, un moratoire est réclamé par des gouvernements, des élus, des associations ou des lobbys. Et les arguments sont bien souvent les mêmes. Il s’agit toujours de la défense du petit commerce de centre-ville contre celui de périphérie. Et depuis quelque temps, on y ajoute les questions environnementales avec l’artificialisation des sols. Et, quel que soit l’argutie utilisée, je reste contre cette interdiction pure et simple. On peut, et même il faut, débattre sur le trop-plein de m² dans certaines zones. Il est nécessaire d’admettre que des projets sont surdimensionnés, voire parfois pharaoniques. Comme il est urgent de protéger notre environnement et de veiller à ne pas transformer les centres villes en déserts commerciaux. Ces débats économiques, environnementaux, sociaux, sociétaux et urbanistiques sont utiles et même impératifs. Je n’ai aucun mal à dire et reconnaître que des autorisations peuvent être plus rares, plus difficiles à obtenir. Mais pourquoi diable tout interdire en masse et sans discernement et pourquoi faut-il à chaque fois dénigrer le commerce? Pourquoi faut-il toujours penser qu’un problème complexe ne peut se résoudre que par une solution simpliste, dogmatique, voire populiste? Voilà pourquoi je suis contre cette idée que je considère comme saugrenue.

Je suis contre le moratoire car il renforce les places acquises. Sans de nouveaux concurrents, les commerçants en place ne se battent plus sur les prix, rénovent moins leurs magasins, offrent moins de services. N’en déplaise à quelques bougons, la concurrence stimule. Certains l’imaginent dévastatrice moi je la rêve créatrice.

Je suis contre le moratoire car l’époque des très nombreuses ouvertures est révolue. Le gouvernement confond l’impact médiatique d’une telle mesure avec ses réelles conséquences économiques. Nationalement, cela ne se verra guère. Localement, cela sera dommageable.

Article de Yves Puget paru le 1er septembre 2020 dans LSA.

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